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vendredi 14 octobre 2016

Jet : "Je n’ai pas rejoint les Stranglers, ils m’ont rejoint"

Nous avons le plaisir et l'honneur de vous proposer une interview exclusive de Jet Black pour Stranglers-France.
Nous tenons à  remercier Jet qui a accepté immédiatement notre demande. Bonne lecture.
Et à très bientôt avec un article à venir sur les caricatures du groupe et un spécial "Live" qui devrait enrichir notre blog pour la fin d'année...



Tout d’abord, nous te remercions de nous accorder cette interview. C’est pour nous un honneur et un grand plaisir que d’échanger avec toi. Commençons par l’essentiel : comment vas-tu ?

Je me sens comme quelqu’un qui vient de passer 40 années à faire des tournées.



La vie du batteur et fondateur des Stranglers en quasi retraite, c’est quoi en quelques mots ? 

Et bien, il est sûr que c’est moins excitant mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. L’excitation entraîne stress et fatigue et il nous faut tous ralentir un jour ou l’autre.



Tu as d’autres activités artistiques, d’autres passions à assouvir ?

Je suis un ébéniste diplômé et j’ai un atelier à la maison que j’utilise. Pas pour vendre ce que je fais, mais pour mon usage personnel et, de temps en temps, pour une personne de mon entourage. Et évidemment, il peut y avoir un élément artistique dedans, surtout dans la conception.

Quoi qu’il en soit, je ne voudrais pas donner l’impression que je passe ma journée dans mon atelier à faire des chefs d’œuvres à la chaîne. Quand j’avais l’énergie de faire çà, j’étais occupé à tourner dans le monde. Maintenant j’ai le temps mais je n’ai plus l’énergie alors ça se résume à un passe-temps agréable, quand j’arrive à trouver suffisamment de force.

Je peux vous raconter une histoire à propos de cela. J’ai démarré un apprentissage à 16 ans et à cette époque, il y en avait pour 7 ans. Aujourd’hui, ça se résume presque à 7 jours. Donc j’ai eu un bon entraînement. Après avoir arrêté, je n’ai plus jamais retravaillé dans ce secteur -même pas un jour- j’étais beaucoup trop intéressé par la musique à ce moment là.

Il s’en est fallu de quelques années avant que je ne devienne un professionnel, alors j’ai fait plein de boulots dingues, des boulots purement alimentaires, juste le temps que je comprenne comment faire pour y arriver en musique. Je ne voulais pas consacrer ma vie à quelque chose que je ne ressentais pas profondément. Quand on fait les choses pour soi ou pour le plaisir, c’est de l’amusement, quand on en fait son métier, c’est une autre paire de manches.

Ce qui est drôle, enfin pas drôle, mais c’est un fait qu’on ne perd jamais les compétences qu’on a acquises. Alors, j’ai toujours considéré mon habileté avec le bois comme une position de repli plutôt que comme une carrière. Si ça n’avait pas marché avec la musique, je pense que vous pourriez me qualifier maintenant de manieur de burin !

S’il t’est arrivé la même chose -tu as un métier ou une profession et tu fais quelque chose de complètement différent- tu as peut-être expérimenté le fait que les autres te voient comme un fou ou un crétin.



Tu ne joues plus avec les Stranglers. Existe-t-il encore une chance de te voir un peu ou pour une occasion exceptionnelle derrière les fûts de ta batterie ?

Oui. Bien sûr c’est une pure conjecture, mais il n’y a pas de raisons de penser qu’après avoir joué pendant près de 70 ans, je vais m’arrêter brutalement. Je n’ai cependant pas de boule de cristal !



La batterie est un instrument physique qui demande de l’endurance, de l’énergie et de la régularité. Quel a été ton rapport avec cette exigence assez contraignante ? Et quels sont les morceaux du groupe qui sont particulièrement difficiles à tenir ? 

Et bien, quand je jouais régulièrement, je ne pensais jamais à ce genre de choses. Tu le fais juste instinctivement. Ça s’apparente à la conduite d’une voiture ou au fait de manger.

En ce qui concerne les morceaux difficiles, c’est plus une question d’âge. Quand nous étions jeunes, je pouvais passer d’un morceau à l’autre facilement. Toutefois, maintenant, je dois admettre qu’il y a des morceaux difficiles, juste parce que mon corps ne travaille pas aussi vite qu’autrefois. Donc les morceaux les plus rapides sont devenus les plus difficiles. Il n’y a rien d’inhabituel à cela, certains danseurs sont finis à 25 ans, nom d’un chien !



Avec le recul de toutes ces années passées à tourner, existe-t-il encore des endroits où tu aurais aimé jouer ou re-jouer ? Des pays ou des continents peu visités par le groupe, je pense à l’Amérique latine par exemple.

Et bien oui, mais pas dans le sens où il y aurait plus de plaisir à jouer dans un endroit plutôt que dans un autre. La plupart des publics sont assez similaires mais être dans un pays ou dans un autre peut procurer une expérience différente. La plus grande différence réside probablement dans la nourriture et la boisson. Alors si je veux penser logiquement, je n’en sais pas assez sur les pays dans lesquels je n’ai pas mis les pieds.



Peux-tu nous décrire en quelques mots chacun des 16 albums studio des Stranglers ?

Non pas vraiment. Quand j’ai terminé un album, je tends à l’oublier complètement. Bien sûr, on doit rejouer les chansons, quelques unes, mais je ne repense jamais à l’album à moins qu’il n’y ait une bonne raison pour qu’il revienne de force dans ma conscience. Il y a tellement d’autres choses à penser dans la vie d’un musicien pro.



As-tu un préféré parmi ces albums ?

Et bien, la réponse est liée à ta précédente question. J’ai tendance à ne pas repenser aux albums. Si je pense à la musique du groupe, c’est aux chansons et pas aux albums. C’est une approche pragmatique. Il n’y a pas de raisons pour que je pense aux albums, je ne les écoute jamais. Cependant, je dois penser aux chansons mais seulement à celles que je dois jouer. Notre situation est très différente de celle des acheteurs de disques ou des spectateurs de concerts. Eux le font parce qu’ils aiment la musique qu’ils entendent ou l’expérience qu’ils en ont. Nous ne sommes pas des fans, encore moins de notre propre musique.



Au regard de cette fantastique discographie, qu'est-ce qui reste au groupe à faire ? Penses-tu que les Stranglers se sont accomplis sur le plan artistique ? 

Me voilà flatté. Je ne crois pas qu’on n’ait jamais établi une liste de buts à atteindre mais quelque soit le point de vue où l’on se place, nous avons fourni une quantité de travail substantielle et c’est sans doute à l’auditeur d’être juge de la qualité de la récolte.



Penses-tu que les Stranglers ont la reconnaissance artistique/la popularité qu'ils méritent ?

C’est à vous et à nos critiques d’en décider, qui sommes-nous pour juger ?



Récemment j’écoutais le fameux disque de Art Blakey and the Messengers « Moanin » : il était assez rare de voir un batteur s’entourer d’un groupe et faire l’affiche. Aurais-tu aimé consacrer un peu plus de temps à tes propres projets solos ? Ne pas dépendre exclusivement des Stranglers mais plutôt aller sur des répertoires plus acoustiques ou plus jazzy ? Bref avoir ta propre formation pour un autre répertoire ?

Non. Les gens ne se rendent pas toujours compte qu’être un Strangler est un boulot à plein temps et il n’y a pas de raison qu’ils s’en rendent compte. Le groupe a toujours été très occupé à faire comme il l’entendait.

A la différence de beaucoup d’autres, nous avons fait de la musique parce que nous voulions jouer et avons aimé ça, la plupart du temps.



Si tu n'avais pas rejoint les Stranglers, y a-t-il un autre groupe ou un autre artiste avec qui tu aurais aimé jouer ?

Je n’ai pas rejoint les Stranglers, ils m’ont rejoint. Et non.

8 commentaires:

FÉLINE a dit…

Il est bien dans ses docs jet et il doit fabriquer de merveilleuses choses en bois. Grand Respect.

Anonyme a dit…

Superbe merci, un espoir de le revoir sur scène!... Dr Maison.

Unknown a dit…

Hah hah brilliant "Si tu n'avais pas rejoint les Stranglers, y a-t-il un autre groupe ou un autre artiste avec qui tu aurais aime jouer?'

'Je n'ai pas rejoint les Stranglers, ils m'ont rejoint. Et non. Pure class Jet, BRAVO !!

fakor a dit…

Ca fait vraiment du bien d'avoir quelque news de Jet! Je vois qu'il ne s'ennuie pas, même s'il aimerait sûrement le faire plus énergiquement....
Merci à la stranglers-france team pour cette sympathique interview! ;)

jj stranglers a dit…

Excellent au coeur de reacteur meninblack good job!

Pierre Famerée a dit…

Super Jet,tu es un homme entier et correcte avec toi-même.C'est sans doute pour cela que tu es un Stranglers.
Stranglers forever!

Frédéric Tourlouse a dit…

Bel effort et belle interview néanmoins. Bonne continuation
DTQ

Anonyme a dit…

Papy fait de la résistance